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Comme pour illustrer cette dernière sourate, Abdul Malik lève lentement les yeux, juste assez pour ne pas soutenir du regard le médaillon ardent du Soleil qui achève sa course inexorable vers l'Occident. En fin d'après-midi, la chaleur est encore accablante, et chaque bouffée d'air brûlant assèche un peu plus sa gorge. L'oeil de Tmia consume les chairs mais abreuve les âmes. Le jeune kabir esquisse un sourire, révélant ses dents jaunies par les bâtonnets de Tarsch.

Khemisset, la Cité Blanche, le toise lascivement sous son voile de poussière crayeuse. Depuis le promontoire sur lequel il s'est agenouillé, Abdul domine la petite ville millénaire agrippée aux flancs abrupts du Djebel Aktoub. Un enchevêtrement complexe de ruelles et d'escaliers se déploie de la mosquée Ali Ben Zayed jusqu'au Palais des Sept Plaisirs. Au-delà commence le dédale des Saintes Carrières, dont la roche immaculée – le célèbre grès de Khémisset – a fait la richesse et la gloire des familles Abou Madi et Al Thabib. Plus bas, à perte de vue, s'étend le grand désert de Fizulan où s'étirent les caravanes de pierres en partance pour Budan au sud, Azalin au nord, mais surtout Aïrhan à l'est.

La foule est immense, agenouillée devant lui. Mécréants ! Abdul adresse un regard appuyé à chacun, l'un après l'autre. Bien sûr il y a le bon Khadi, le Châh Nizam Al Mulk, avec ses épouses. A ses côtés, l'imam Ali Ben Youssef, et quelques oies du Bene Sojhora arrivées récemment de la capitale. Combien il donnerait pour goûter une fois l'interdite saveur de ces femmes... Abu Bakr Ibn Omar, le chef du Kanun, frotte le sol de son gros nez plein de vin de Boulaouane.

Hassan Abou Madi et toute sa famille ont pris place sous une tente dressée pour l'occasion, à quelques coudées de la bibliothèque Soliman qui abrite également l'école Badanour. A l'opposé, les Al Thabib ont déroulé leurs tapis de prière sur la terrasse du hammam, sous les oliviers. Le vieux Mustapha a toujours accordé une valeur quasi superstitieuse à ces arbres ; d'après la rumeur, c'est à cet endroit qu'il fait rituellement marquer les débiteurs de son clan. Abdul en sait quelque chose.

D'autres rakils se prosternent en tête de cortège. La plupart lui sont inconnus, sans doute des notables d'Aïrhan, venus prier le Très Haut pour le salut du vieux Sultan. La belle assemblée d'ignorants ! Un silence solennel règne sur la placette. D'ordinaire, un tumulte confus monte des mines – concert d'outils et de cris sourds ponctués par les grondements de la montagne – mais les ouvriers ont été mis en congés pour quelques heures. Plusieurs groupes d'esclaves, la tête sale et nue, assistent même à la cérémonie, depuis les traverses inférieures.

Ces gens n'ont vraiment rien compris. Abdul Malik, lui, a découvert la terrible vérité. Jour après jour, il a mené son enquête discrète jusqu'à découvrir le sombre secret, à savoir que... Il n'achèvera jamais cette pensée. Un éclair fugitif scintille et le cimeterre du bourreau s'abat violemment sur sa nuque rasée. Un jet de sang marbre le sable brun tandis que la tête roule sur le chemin, jusqu'aux pieds d'un officier Aïnek. Inch Whajad ! A Khémisset, on ne transige pas avec les mauvais croyants.

d'après les « contes à rebours » de Khonan le Berbère

 

 

 
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